
Franck Cammas, un parrain en or

Tour du monde, transats, grands prix, match-race, parcours banane, records de vitesse... Quel que soit le format, le bateau ou le parcours, Franck Cammas est un redoutable adversaire ! Aucune régate ne semble l'intimider, aucun record ne semble pouvoir lui échapper. Il est aujourd'hui le plus titré et le plus talentueux des marins de sa génération.
Qui arrêtera Franck Cammas ? En mars 2010, après 48 jours de mer, il devient le marin le plus rapide autour du monde en équipage. Avec une vitesse moyenne de 25 nœuds, il remporte le Graal et inscrit son nom au palmarès du mythique Trophée Jules Verne.
Sept mois plus tard, personne n'y croit. Sur le même trimaran, Groupama 3, taillé pour naviguer avec dix équipiers, il se lance seul dans la Route du Rhum – traversée de l'Atlantique, entre Saint-Malo en France et Pointe-à-Pitre en Guadeloupe. Il raccourcit le mât et installe un vélo à bord, afin de pouvoir monter ses voiles à la force de ses jambes. Après 9 jours, 3 heures, 14 minutes et 47 secondes de mer, Franck Cammas remporte l'épreuve. Sûrement fatigué (on a parlé de vingt minutes de sommeil quotidien !), il signe sa première grande victoire en solitaire, un an après, quasiment jour pour jour.
Frank s'est engagé avec le Team Groupama dans la Volvo Ocean Race, à bord cette fois-ci d'un monocoque de 70 pieds, Groupama 4. Depuis 1993 et Éric Tabarly, aucune équipe française n'avait participé à cette course mythique autour du monde avec escales, créée en 1973 sous le nom de Whitbread. Les meilleurs marins du monde sont engagés. Américains, Néo-zélandais, Espagnols, Australiens, rien n'y fait. Franck Cammas et son équipage surprennent par leur ténacité, leur lucidité et leurs choix météo. Après huit mois de compétition, neuf étapes, 40 000 milles (l'équivalent de quatre allers-retours Paris-Nouméa) et un démâtage, Franck Cammas remporte la Volvo Ocean Race, la plus prestigieuse des courses autour du monde en équipage.
Avec de telles victoires, quel sera le prochain défi de Franck ? La Coupe de l'America où Franck a rejoint le Team Oracle et les JO de Rio dans quatre ans, sur un petit catamaran de sport ? À n'en pas douter, ce méditerranéen bientôt quadragénaire qui a fait Math Sup, Math Spé tout en jouant du piano au conservatoire, a de l'or dans les mains...
À quelques heures du départ : l'avis et les conseils de Franck Cammas
Franck Cammas connaît et aime la Nouvelle-Calédonie. Il s'y est rendu à plusieurs reprises, pour participer à la Cata Dream Cup en 2001 ou encore pour naviguer incognito en vacances. Depuis 2008, il soutient avec la passion et le professionnalisme qu'on lui connaît la Groupama Race. Une course qu'il n'hésite pas à qualifier de « tactique et difficile ».
Quelles sont les qualités de la Groupama Race ?
La première de ses qualités, c'est son parcours : 600 milles, c'est long. Le tout autour d'une île magique qu'est la Nouvelle-Calédonie. Ensuite c'est sa position. 600 milles dans des conditions plutôt difficiles, face au vent et vent arrière, des conditions où la tactique est prépondérante. Des conditions où il est toujours difficile de faire avancer au mieux le bateau, car on est toujours dans un compromis entre le cap et la vitesse qui doit toujours être le meilleur possible. Tout cela dans les alizés, un alizé souvent fort, en moyenne autour d'une vingtaine de nœuds, avec une mer difficile. 600 milles dans ces conditions, cela use les équipages et les bateaux. Et pour finir, la tactique et la stratégie sont très ouvertes puisque c'est du face au vent et du vent arrière sur la totalité du parcours.
Comment se gagne une course comme celle-là ?
C'est comme dans n'importe quel sport, il faut s'entraîner, s'entraîner avec l'équipage, des gens qui se connaissent et qui ont confiance les uns dans les autres. Il faut également très bien connaître son bateau, le régler, avoir de bonnes voiles et être confiant dans sa fiabilité. En plus des efforts de l'équipage, le bateau en aura aussi beaucoup à fournir. Il ne faut oublier que la voile, c'est un sport mécanique. Plus de la moitié de la préparation se fait sur le bateau. C'est une préparation technique.
Un bon équipage, c'est un équipage qui est capable d'être meilleur que la somme de chaque talent
Comment bien mener son bateau et être un bon capitaine ?
Pour être un bon maître de bord, il faut d'abord choisir un équipage qui arrive à bien travailler ensemble. Ensuite il faut laisser la liberté à chaque équipier de s'exprimer et d'utiliser ses compétences au mieux et ainsi se sublimer. Un bon équipage, c'est un équipage qui est capable d'être meilleur que la somme de chaque talent. Sur un équipage, un plus un doit faire plus que deux. Et ce n'est pas facile car un équipage doit être hiérarchisé, avec des décisions claires qui doivent venir d'un manager : le skipper. La voie donnée doit être suivie par tout l'équipage. Le skipper doit donc aussi avoir une autorité naturelle qui fonctionne bien avec tout l'équipage.
La veille du départ, que doivent faire les équipages ?
À J-2, on connaît la météo. En fonction des conditions, on sait quelles voiles on va utiliser, combien de temps va durer la course et donc quel avitaillement (la nourriture) prévoir. Si les conditions sont difficiles, on peut anticiper côté sécurité en repensant les fondamentaux. Et puis bien sûr, il faut bien dormir la nuit. Les trois jours qui viennent vont être difficiles. Il faut donc arriver avec les « batteries physiques » complètement rechargées. Vingt-quatre heures avant le départ, il faut être prêt, être capable de dire: je prends le bateau et on fait la course. Les dernières 24 heures, ça doit être presque 24 heures en trop. Il faut n'avoir plus rien à faire, que le bateau et l'équipage soient prêts, que l'on n'ait plus à se poser de questions. Il faut toujours avoir cette petite marge, car on sait très bien qu'on oublie toujours des petites choses. Ces 24 heures de marge sont importantes. Il faut toujours imaginer le départ une journée plus tôt.
Palmarès de Franck Cammas
- 74 courses pour 61 podiums et 34 victoires
- Vainqueur de la 11e édition de la Volvo Ocean Race 2011-2012
- Vainqueur de la Route du Rhum - La Banque Postale 2010
- Six records océaniques dont le Trophée Jules Verne en 2010 en 48 jours, 7 heures, 44 minutes et 52 secondes
- Six titres de champion du monde ORMA (Multicup en 2000, 2001, 2003, 2004, 2006 et 2007)
- Deux titres de champion du monde Fico-Lacoste des skippers (2000 et 2004)
- Triple vainqueur de la Transat Jacques Vabre (2001, 2003 et 2007)
Records à bord des bateaux Groupama
- Détenteur du record de la Sevenstar round Britain and Ireland race en 5 jours 21 heures 26 minutes 55 secondes (du 23 au 29 août 2010).
- Détenteur du Trophée Jules Verne en 48 jours 07 heures 44 minutes 52 secondes (du 31 Janvier au 20 Mars 2010) - Record détenu du 20 mars 2010 au 6 janvier 2012
- Record de la traversée de la Méditerranée (Marseille - Carthage) en 17 heures 08 minutes et 23 secondes (15/16 Mai 2009) - Record détenu du 16 mai 2009 au 15 mai 2010
- Record de la traversée de l'Atlantique Nord (New York - Cap Lizard) en 4 jours 3 heures 57 minutes et 54 secondes (du 19 au 23 Juillet 2007) - Record détenu du 24 juillet 2007 au 2 août 2009
- Record de distance en 24 heures : 794 milles (19 au 20 Juillet 2007) - Record détenu du 21 juillet 2007 au 1er août 2009
- Détenteur du record Miami / New York en 1 jour 11 heures 5 minutes et 20 secondes (du 3 au 4 Juin 2007)
- Détenteur du record de la Route de la Découverte (Cadiz - San Salvador) en 7 jours 10 heures 58 minutes et 53 secondes (du 24 Avril au 1er Mai 2007)




















